Cette fois, cap sur une virée à moto entre Tarn et Aude, avec pour point d’orgue : la prise d’Alzeau, lieu emblématique sans lequel le Canal du Midi n’aurait jamais vu le jour.
Le lendemain ? Pas de scénario apocalyptique façon « Le jour d’après », mais une randonnée forestière teintée de spiritualité russe, avec la découverte de Sylvanès et de son étonnante église orthodoxe, en complément de sa célèbre abbaye. Enfin, pour clore ce grand week-end, une dernière balade à moto — la plus longue — jusqu’aux confins de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, à la rencontre des gorges de Galamus et de leur ermitage suspendu.
Première journée — première balade moto — un itinéraire de 160 km (tracé rouge sur la carte), réalisé en cinq heures, pause déjeuner comprise au restaurant de la prise d’Alzeau.
![]() |
| Arrivée dans l'Aude et descente vers Caudrebonde |
![]() |
| Sens horaire - Eglise de Caudrebonde - Eglise de Cuxac-Cabardès - Place village Caudrebonde |
![]() |
| Arrivée Lacombe |
Située à 680 mètres d’altitude, sur la commune d’Arfons (Tarn), la prise d’Alzeau est bien plus qu’un simple ouvrage hydraulique. C’est ici que Pierre-Paul Riquet, au XVIIe siècle, eut l’idée géniale de capter les eaux de la Montagne Noire pour alimenter le Canal du Midi, malgré la faible pluviométrie du Languedoc.
Un mur de pierre détourne une partie de l’Alzeau vers la rigole de la Montagne, un canal d’essai construit entre 1667 et 1672. Cette rigole serpente sur près de 70 km, traverse forêts et vallées, rejoint le bassin de Saint-Ferréol, puis la rigole de la Plaine, avant d’atteindre le Canal du Midi au seuil de Naurouze (Voir cet article sur mon ancien blog et celui-ci sur la rigole).
![]() |
| Prise d'Alzeau |
Le site de la prise d’Alzeau est classé monument historique depuis 1998 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO via le Canal du Midi. On y trouve une stèle commémorative érigée en 1837 par le duc de Caraman, descendant de Riquet et la maison du garde, reconstruite en 1850 sur les fondations d’une bâtisse datant de 1720, qui servait à loger les surveillants de la rigole.
Ce lieu incarne l’alliance parfaite entre ingéniosité humaine, respect de la nature et mémoire historique. Une visite à la prise d’Alzeau, c’est plonger dans les racines d’un projet titanesque qui relie l’Atlantique à la Méditerranée… grâce à un petit ruisseau de montagne.
Accessible depuis Lacombe ou Saint-Denis, la prise d’Alzeau est aujourd’hui un lieu de promenade prisé. Le chemin de service longe la rigole à travers la forêt de Ramondens, offrant une balade paisible et ombragée. En chemin, on croise le bassin du Lampy-Neuf, achevé en 1781, véritable réservoir stratégique de 23,5 hectares, entouré de hêtres, de chênes et de conifères.
Le lendemain, direction Sylvanès en voiture pour une randonnée vers une église orthodoxe nichée dans les bois. Tombé par hasard sur sa description, ma curiosité m’a poussé à aller voir de plus près. Le détail explicatif de cette randonnée figure dans les « Sources et Crédits », en bas de page.
Itinéraire de la randonnée :
Je pars pour trois heures de balade.
![]() |
| Abbaye de Sylvanes |
Dans les sous-bois paisibles de Pessales, à quelques kilomètres de l’abbaye cistercienne de Sylvanès, s’élève une silhouette singulière : une église en bois, coiffée de bulbes dorés, qui semble tout droit sortie des steppes russes. C’est l’église de l’Unité, un sanctuaire orthodoxe construit en Russie, démonté, transporté par train et camion, puis remonté pièce par pièce dans les collines aveyronnaises.
Les notions de « bilan carbone » et autres aspects écologiques ne devaient pas faire partie des paramètres en 1993, date où cela fut réalisé.
Édifiée dans la région de Kirov selon les techniques traditionnelles du VIIe siècle, cette église est entièrement faite de rondins de pin, assemblés sans clous ni chevilles.
Son architecture évoque les grandes églises de Kiji, avec ses clochetons élancés et son iconostase richement décorée. À l’intérieur, la chapelle orientale abrite une collection d’icônes de fêtes, tandis que la chapelle occidentale conserve deux œuvres flamandes du XVe siècle : un grand Christ en croix et un triptyque de l’Adoration des Mages.
A mon arrivée, je constate qu'il y a du monde et une célébration. La jeune fille, à l'entrée, m'explique qu'il s'agit de la cérémonie de la transfiguration. Je m'acquitte des 4 € de dîme en lui glissant un billet de 5 €. Pas de monnaie ? Pas grave. C'est beau et cela les vaut.
L’église de Sylvanès n’est pas seulement un lieu de culte. Elle est aussi un pont entre les traditions chrétiennes, un espace œcuménique voulu par le Père André Gouzes, dominicain et musicien, profondément marqué par la beauté des liturgies orthodoxes. Elle complète bien la vocation latine de l’abbaye voisine. Cet espace mêlant culte chrétien et culte orthodoxe me réjouit.
Dressée au milieu des arbres, cette église semble dialoguer avec la forêt. Le bois qui la compose, les chants qui y résonnent, les silences qui l’enveloppent, tout concourt à une expérience spirituelle et sensorielle rare. Elle accueille les visiteurs tous les jours en été, et offre un moment suspendu, hors du temps, dans une clairière où l’âme slave rencontre la terre occitane.
De mon côté, je quitte ce lieu magique et termine ma randonnée.
Dernier jour, dernière virée à moto : direction les gorges de Galamus (tracé bleu sur la carte).
![]() |
| Dans le sens horaire : vue sur le Pic de Nore - Vue sur les châteaux de Lastours - Place du village et château de Roqueferre |
![]() |
| Les Pyrénées-Orientales depuis la route des châteaux Cathares |
Il est des lieux où le silence semble avoir une âme. Les gorges de Galamus, entaillées dans les contreforts des Corbières entre l’Aude et les Pyrénées-Orientales, offrent un spectacle saisissant… Une faille profonde de 500 mètres où la rivière Agly serpente entre des parois calcaires sculptées par le temps. C’est là, blotti dans une anfractuosité de la falaise, que se cache l’ermitage Saint-Antoine, un refuge mystique accroché au vide, comme une prière figée dans la pierre.
Les photos ci-dessous illustrent le propos.
Photo en haut à gauche : la montagne depuis le parking. On aperçoit la route et l'ermitage (partie entourée en rouge sur la photo en haut à droite). L'ermitage, quant à lui, a besoin d'un coup de zoom pour bien comprendre le terme « accroché à la montagne ».
Je me gare au parking sud. Durant la période estivale, la circulation est régulée et la priorité est aux piétons. Un petit chemin permet la visite de l'ermitage. Il permet aussi, aux intrépides, de descendre dans l'Agly pour une séance de canyoning.
Itinéraire à suivre :
![]() |
| En descendant, l'ermitage se dévoile mieux |
![]() |
| L'arrivée |
Dédié à Saint Antoine l’Ermite, moine du IIIe siècle ayant choisi le désert pour y vivre en ascète, l’ermitage de Galamus fut aménagé au XVe siècle par des franciscains dans une grotte naturelle. La chapelle, austère et émouvante, conserve des fresques anciennes, des statues et des reliques, dont celles de la Sainte-Croix et de sainte Victoire. En 1821, le lieu fut décrit par Antoine Ignace Melling comme « la plus belle merveille du Roussillon ».
Après la Révolution, l’ermitage fut déserté, puis restauré au XIXe siècle par le Père Marie-Joseph Chiron, qui y vécut en ermite, redonnant vie à ce sanctuaire oublié.
![]() |
| La vue depuis le parvis juste au-dessus des marches de la photo précédente. |
![]() |
| La chapelle une fois la vôute passée |
![]() |
| L'esplanade avec les marchands du temple une fois le petit escalier monté depuis la chapelle grotte |
![]() |
| En montant l'escalier à droite sur la photo précédente |
![]() |
| Le tunnel sous la montagne qui permet de rejoindre la route plus haut. |
![]() |
| Le même tunnel vue du dessus une fois passé. |
Classées depuis 1927, les gorges de Galamus sont un trésor naturel faits de falaises vertigineuses, de grottes secrètes, de flores méditerranéennes et de faunes discrètes. Les randonneurs peuvent les explorer à pied, en canyoning ou à moto, mais c’est à pied que l’on ressent le mieux leur grandeur. Le chemin vers l’ermitage, taillé dans la roche, offre des panoramas à couper le souffle et une sensation de retrait du monde, malgré les touristes en nombre en cette période.
Je reviendrai cet automne ou durant l'hiver pour en profiter davantage.
![]() |
| Retour au parking sud par la route. |
![]() |
| La route des gorges. |
Dans les gorges de Galamus, la roche parle, l’eau murmure, et l’ermitage veille. C’est un lieu où l’on ne vient pas seulement pour voir, mais pour ressentir. Une cathédrale minérale où chaque pas rapproche du silence intérieur.
Trois jours, trois ambiances, l’ingéniosité hydraulique du XVIIe siècle, la spiritualité orthodoxe au cœur de l’Aveyron, et la majesté minérale des Corbières avec cet ermitage accroché à la montagne. Un brin mystique, ce week-end ? Assurément. Et profondément ressourçant.
Sources et crédits de cet article :
Site consacré au Canal du Midi : focus sur la Prise d'Alzeau.
Site de l'office de tourisme de l'Aveyron : La randonnée autour de Sylvanes.
Site consacré aux gorges de Galamus : gorgesdegalamus.fr
Merci pour votre lecture. Des questions ? Envie de réagir ?
N'hésitez pas!! Commentez-le via la zone « commentaires » (juste un peu plus bas). Vous pouvez aussi le « partager » via vos réseaux sociaux grâce aux boutons de partage juste à côté.
N'hésitez pas!! Commentez-le via la zone « commentaires » (juste un peu plus bas). Vous pouvez aussi le « partager » via vos réseaux sociaux grâce aux boutons de partage juste à côté.



























0 Commentaires