Cette fois, je prends plus de temps. Quatre jours pour découvrir Florence et ses alentours. J’espère juste un peu plus de soleil maintenant, afin de pouvoir rouler sans craindre la pluie et profiter pleinement. Me voilà installé dans un cocon luxueux à la périphérie de la ville. J’ai déjà testé deux restaurants qui feront l’affaire pour mes dîners à venir. Le parc et le bar de l’hôtel sont agréables, et la piscine est accessible même si je n’en ressens pas encore l’envie.

Florence depuis la Piazzale Michelangelo

Précisons que, pour l’instant, mon image de Florence se réduit à celle d’une cité splendide, riche en monuments et chargée d’histoire. Située en Toscane, je l’imagine aussi nichée au milieu de collines ondoyantes. Je n’ai encore rien lu de récent sur la ville et ses environs : seulement l’examen de cartes pour préparer mes itinéraires, quelques pages d’un guide sur l’Italie que je possède depuis dix ans, et des descriptions glanées dans des romans couvrant différentes époques.

Itinéraire Suivi: 

 

Itinéraire depuis le début du voyage : 

 

Je n’ai pas encore vraiment pris contact avec la ville, si ce n’est avec le personnel de l’hôtel, les équipes des restaurants alentour et la vue offerte depuis la terrasse où j’ai dîné hier soir — et tout cela me paraît déjà très prometteur.

Vue depuis le restaurant « La Terrazza del Principe »

Pour ce lundi 11 mai, la météo annonce un temps mitigé avec un faible risque de pluie. Les jours suivants ne s’annoncent guère meilleurs et pourraient même être plus humides. N’ayant donc pas pu rouler comme je l’espérais hier, je pars aujourd’hui pour une balade motorisée afin de découvrir les environs de la ville. Cette boucle d’environ 240 km me mènera sur les collines à l’est, notamment à Fiesole, que mon guide recommande comme une étape incontournable.

Je démarre et sors du parc de l’hôtel perché sur le flanc des collines d’Oltrarno, et je sens tout de suite la moto prête à avaler les lacets. L’hôtel est à quelques minutes du centre et offre un accès direct aux collines qui entourent Florence. En cinq minutes j'atteins la Piazzale Michelangelo : la vue sur la ville est une véritable offrande. Le Duomo se détache, le Ponte Vecchio barre l’Arno, et la cité entière semble contenir des siècles d’histoire dans une seule perspective.

Presque malgré moi, je ferme les yeux et m'imagine en 1470, voyant le jeune (à cette époque) Leonard en train de peindre l'ange gauche sur le panneau commandé par le monastère de San-Salvi représentant le baptème de Christ. Son patron, Andrea del Verrocchio lui a demandé de l'aider. La suite montrera qu'il le regrettera amèrement. Bon!  Rouvre les yeux bonhomme, tu as de la route à faire. 



Je reprends la route en direction des collines de Fiesole. Pour y parvenir, je traverse la périphérie de Florence — ici aussi la ZTL interdit la circulation dans le centre aux véhicules non enregistrés — puis je grimpe rapidement vers ce petit bourg perché qui domine la ville et offre de larges panoramas sur l’Arno et le Duomo. Fiesole, située à environ 5 km au nord‑est de Florence et culminant autour de 295 m, conserve des vestiges étrusques et un théâtre romain qui témoignent de son passé ancien. Je m’arrête sur la Piazza Mino pour contempler la ville en contrebas, respirer l’air plus frais et repérer la route qui me mènera vers l’est.

Je poursuis ensuite vers le Valdarno et les pentes du Pratomagno. Les routes se font plus étroites, le paysage change : cyprès et oliviers laissent place à des rangées de vignes qui s’étirent sur les coteaux. Les panoramas de collines et de vignobles se succèdent, l’air reste vif et la lumière joue entre nuages et éclaircies; pour l’instant, la pluie se tient à l’écart.



En poursuivant, la route s’élève franchement jusqu'à atteindre des altitudes que je n’attendais pas si près de Florence. En effet, me voilà en train de franchir des cols et des crêtes qui dépassent le millier de mètres.  Je réalise que le massif du Pratomagno porte des sommets bien plus hauts que je ne l’imaginais. Le Monte Secchieta, l’une de ces cimes, culmine autour de 1 450 m, et sa dorsale compte des sommets proches de 1 600 m — je suis très surpris d’être si vite en montagne après la ville. J'ai fait à peine 70 km. 


Bientôt, je quitte la Toscane pour une courte incursion en Emilie-Romagne. C'est là que je traverse le Parc national de la Forêt Casentinesi et que j'accède aux pentes du monte Falterona-et-Campigna. La route s’enfonce dans des forêts denses, des hêtres et des « abeti », et je croise des panneaux indiquant sentiers et refuges. Le parc, créé au début des années 1990, protège des forêts millénaires, des sanctuaires comme Camaldoli et La Verna, et une biodiversité riche — on y suit des sentiers qui longent cascades et réserves intégrales comme Sasso Fratino, reconnue pour ses « faggete vetuste » inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. 


Je roule lentement sur la crête, je m’arrête aux corniches panoramiques et j’écoute le vent dans les arbres. Les forêts du parc couvrent des dizaines de milliers d’hectares et s’étendent entre les provinces d’Arezzo, Forlì‑Cesena et Florence, offrant une impression d’isolement et de nature intacte. Me voilà, à présent, revenu en Toscane. 

Sur la dernière portion du retour, les nuages gagnent en densité et la pluie commence à tomber avant que j’atteigne les premières pentes qui redescendent vers Florence. La dernière partie de la route est humide, la visibilité plus réduite. 

Je rentre à l’hôtel avec la moto encore couverte de gouttes et de salissures. Après-demain, je passerai au nettoyage. Pour l'heure, j'ai l’esprit plein d’images et de cet étonnement d'avoir découvert Florence dans son environnement si montagneux et si vert. Très vite, il est possible de sortir de l'environnement urbain. 

Le lendemain, mardi 12 mai, je pars à pied à la découverte de la ville. Comme pour Sienne, j’ai préparé ma balade en croisant plusieurs informations glanées sur divers sites touristiques. La promenade devrait me prendre presque toute la journée : environ 18 km à parcourir, entre ruelles, places et monuments. Je prévois de flâner sans hâte, de m’arrêter pour admirer les façades et les panoramas, et de profiter de quelques pauses pour goûter l’atmosphère locale.

Tracé de la randonnée : 

Le point de D/A est le point bleu matérialisant la localisation de mon hôtel

Je fais un faux départ vers 10h15. Après avoir consulté la météo — 20 % de risque de pluie — je me dis que la chance sera de mon côté et pars sans équipement spécifique. Cinq cents mètres plus loin, une averse carabinée me tombe dessus. Le vrai départ a donc lieu à 10h30, une fois correctement équipé. Que conclure de mon fameux « côté chanceux » ?

Comme la veille, je rejoins la Piazzale Michelangelo et m’y attarde pour profiter de la vue. Je me dis que je n’aurai sans doute pas de meilleur point de vue de la journée pour photographier les monuments emblématiques de la ville. Je passe donc en mode zoom, afin de capter chaque édifice.

Ancienne muraille de Florence 

Le Ponte Vecchio 

Palazzo Vecchio

La cathédrale Santa-Maria-del-Fiore ou plus communément appelée le Duomo

La basilique Santa Croce 

Je poursuis mon chemin le long du boulevard qui descend vers le centre. Arrivé en bas, je longe le fleuve qui traverse Florence : l’Arno. Les deux premières heures me mènent à travers ruelles, places et façades historiques, mais de nombreux chantiers rendent le parcours plutôt désagréable. Ma prise de contact avec la cité est donc mitigée. Certes, la beauté est là — beaux bâtiments, monuments remarquables — mais la ville est bruyante, envahie par la circulation des bus, voitures, motos, scooters et autres bicyclettes et presque dépourvue de véritables zones piétonnes.

C’est la même chose à Sienne pour l’absence de véritables zones piétonnes, mais la ville compte moins d’habitants; il y a donc moins de véhicules autorisés à y circuler. De plus, à Sienne les rues sont beaucoup plus étroites, si bien que les bus n’y passent pas. Mon guide évoque ce débat récurrent entre les partisans de Florence et ceux de Sienne. Pour l’instant, je penche plutôt pour Sienne.





Piazza della Santissima Annunziata

Arco di San Pier Gattolimo 

Piazza della Repubblica 

Vers 13h15, j’atteins la Piazza di San Pier Maggiore, un petit espace populaire proche de Santa Croce, bordé de trattorie et d’activités locales. Je m’arrête pour déjeuner : un osso buco à la florentine, servi avec des épinards — simple et réconfortant. J’ai parcouru un peu plus de la moitié de mon itinéraire prévu et le soleil fait son apparition, ce qui change immédiatement l’ambiance.

Je repars vers 14h30 et rejoins le quartier du Duomo. La combinaison soleil et cathédrale fonctionne : l’impression mitigée du matin s’efface au profit d’un enthousiasme renouvelé. Le Duomo de Florence (la cathédrale Santa Maria del Fiore) est une prouesse architecturale et sculpturale qui domine la ville par sa coupole de Brunelleschi et sa façade polychrome. Une vraie tuerie, somme toute. 

Autour du Duomo se concentrent de nombreux musées et palais — le baptistère, le campanile de Giotto, le musée dell’Opera del Duomo — autant de lieux qui attirent de longues files d’attente, à présent, comme partout dans le monde des villes qui se visitent.  

Entrée dans le quartier du Duomo 

Le Duomo en approche 





En poursuivant, j’atteins le Ponte Vecchio, le célèbre pont médiéval aux boutiques en saillie, aujourd’hui occupé principalement par des bijoutiers et des orfèvres. Fort heureusement pour moi, je n'y croise pas le fameux « Hannibal Lecter » du film éponyme. Le pont, reconstruit en pierre en 1345, est l’un des points les plus touristiques de la ville et, comme prévu, une foule compacte s’y presse. Le Vasari Corridor, qui surplombe le pont et relie le Palazzo Vecchio au Palazzo Pitti, ajoute une couche d’histoire visible depuis les rives. 

La journée bascule donc d’un contact un peu rugueux avec la ville à une découverte plus enthousiaste.  Le soleil et la proximité des chefs‑d’œuvre ont suffi à réconcilier mon regard avec Florence. A présent, je ne départage plus Sienne et Florence, les deux doivent se faire, clairement. Chacune ont des ambiances et des qualités différentes. 


L'arrivée au Ponte Vecchio 

Depuis le Ponte Vecchio 

Le Ponte Vecchio 

À présent, je suis en bas de la colline où se trouve mon hôtel : il me faut remonter. Je prends la direction du Forte di Belvedere puis de la Porta San Giorgio. L’ascension est rude, mais le calme est revenu. Les rues se font plus tranquilles, il n’y a quasiment plus personne et très peu de voitures qui circulent — quel bonheur.

Le Forte di Belvedere, construit à la fin du XVIᵉ siècle pour protéger la ville et offrir un belvédère sur Florence, domine l’Oltrarno et offre des perspectives larges sur la cité. La montée permet d’en profiter progressivement, entre jardins, villas et panoramas qui se dévoilent au fil de l'ascension quasi directe, car il n'y a aucun lacet. En atteignant la Porta San Giorgio, l’atmosphère devient presque champêtre : le tumulte du centre s’éloigne, remplacé par le chant des oiseaux et la lumière qui caresse les toits de la ville. Tout le charme de Florence, et du quartier dans lequel je loge, se résume ainsi. 

Retour au calme et au vert sur la colline avant d'arriver à l'hôtel 

J'arrive au terme de cette promenade vers 16h00. 

Le mercredi 13 mai est un jour de repos où je vaque à quelques opérations de nettoyage et de logistiques ainsi qu'à la rédaction de ce billet. 

Demain, j'amorce le retour au Pays. 

Sources et crédits de cet article :

- Trace de la boucle faite autour de Florence : J'ai « chipé » cette trace sur le site « route4you ». Elle a été réalisée par un motard qui se nomme Tom Boudewijns. Il a un site qui se trouve à cette adresse : https://www.tomboudewijns.nl/
     
- Information sur Florence : Le Loneny Planet + divers sites et blogs 

- Anecdote sur Leonard de Vinci : Lue dans un livre sur l'amitié entre François 1er et Leonard de Vinci dont je ne me souviens plus du titre et de l'auteur. 

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