Il y a des jours où je sais précisément où je veux aller. Et puis il y a ceux où je sais surtout par où je veux passer.

Nuance !

Vallée du Lot à St Cirq-Lapopie

Aujourd'hui, ce sera un peu des deux... La balade à moto et la destination étaient calée.  

Mais en ce 4 octobre 2026, la météo prévoit un véritable déluge sur les Pyrénées. Un petit coup d'œil aux cartes et aux prévisions suffit à me convaincre : si je veux apercevoir un peu de soleil et profiter d'une certaine clémence météorologique, il faut aller chercher tout cela au nord de Toulouse.
Cap au nord, donc. La préparation faite la veille au soir a tracé les grandes lignes du programme : ce sera le Lot, le Quercy, des vallées encaissées, des vieilles pierres accrochées aux falaises, de petites routes qui tournicotent et, accessoirement, un bon repas à midi.

Itinéraire Suivi: 


Le parcours dessine une grande boucle depuis Tournefeuille. Cap au nord-est vers Villemur-sur-Tarn, puis Monclar-de-Quercy, Bruniquel et la vallée de l'Aveyron jusqu'à Saint-Antonin-Noble-Val. Ensuite viendront Caylus et la vallée de la Bonnette, avant de traverser les causses jusqu'à Limogne-en-Quercy, Saint-Cirq-Lapopie et la vallée du Lot.

Après le déjeuner, sans doute quelque part entre Saint-Cirq-Lapopie et Cahors, je rejoindrai cette dernière avant de rentrer par Puy-l'Évêque, Sérignac, Saint-Matré, Sainte-Croix, Lauzerte et Montauban.

Tout cela fait beaucoup de noms sur une carte. Et quelques kilomètres. Mais quand on aime...Vous connaissez la suite.

Je quitte donc Tournefeuille et l'agglomération toulousaine avec cette sensation toujours aussi agréable de partir.

Partir loin ?

Non.

Pas vraiment.

Mais partir quand même.

Il n'est pas nécessaire de traverser une frontière ou de charger trois semaines de bagages sur la moto pour ressentir ce petit frisson. Parfois, il suffit d'avoir devant soi quelques centaines de kilomètres, un réservoir plein et surtout aucune obligation d'emprunter le chemin le plus court.

D'ailleurs, aujourd'hui, le chemin le plus court n'est absolument pas au programme. Dès que je quitte l'agglomération toulousaine, la circulation se fait nettement moins présente. Je suis même souvent seul sur la route.

Et ça, c'est plutôt bon signe.

Puis arrive Bruniquel. C'est un de ces endroits qui impose de couper le moteur pour simplement regarder lorsqu'on le découvre pour la première fois.

Pour ma part, je connais très bien.

Alors je ne m'attarde pas et m'engage dans la vallée de l'Aveyron.

Tiens ! La maison du Doc Mandello, paix à son âme, est à nouveau habitée...

La route se glisse entre la rivière et la falaise, épouse les mouvements du relief et se faufile sous cette muraille minérale qui semble parfois vouloir refermer la vallée. L'eau accompagne le bitume. Les arbres filtrent la lumière. La roche surgit au-dessus de la route.

Pour une moto, c'est un terrain de jeu magnifique. Pas besoin de rouler vite. Ce serait même dommage. Quelques virages, une relance, un regard vers la rivière, un autre vers la falaise et déjà le suivant se présente.

Impossible de passer ici sans emprunter la route de la Corniche à Brousse-les-Antibels

Vallée de l'Aveyron - Route de la Corniche - Côté pile



Vallée de l'Aveyron - Route de la Corniche - Côté pile


Me voilà à Saint-Antonin-Noble-Val. De là je remonte vers Caylus.

À partir d'ici commence la vallée de la Bonnette. 

C'est comme une autre dimension… 

Une autre balade. 

La route devient nettement plus étroite. Des herbes folles et hirsutes poussent par endroits au milieu d'un bitume qui a connu des jours meilleurs. Le paysage se resserre. Les hameaux se font discrets et les causses commencent à imposer leur caractère.

La vallée de la Bonnette n'a rien d'une route spectaculaire au sens où peuvent l'être certains grands cols.

Elle fait mieux que cela.

Elle m'oblige à ralentir.

Et ralentir, c'est regarder.

Alors je regarde.

La pierre claire, les sous-bois, les prairies, les maisons isolées. 

La route louvoie tranquillement et la moto suit. Je passe sous Lacapelle-Livron et sa superbe chapelle. Je poursuis dans ces paysages calcaires typiques du Quercy.

Un arrêt s'impose devant la cascade pétrifiante. 

L'eau a ici décidé de devenir architecte. Goutte après goutte, année après année, elle dépose le calcaire, emprisonne mousses et végétaux et façonne une étrange sculpture minérale.

Il y a quelque chose de paradoxal à regarder une cascade qui, précisément parce qu'elle coule, semble vouloir tout transformer en pierre.

Enfin...

« coule »...

C'est un bien grand mot aujourd'hui !

La sécheresse est passée par là et, de cascade, il ne reste guère que le décor.

Y'a rien qui coule !

C'est sec.

Archi-sec !

Il faudra que je revienne au beau milieu de l'hiver, si l'eau se décide à revenir un jour...

Un peu plus loin, voici Saint-Projet et son château, celui qui est associé à la reine Margot. Vieilles pierres, histoires de cour, légendes, intrigues... Bref, exactement ce qu'il faut pour alimenter l'imagination lorsque je traverse le village à moto.

Je continue vers Limogne-en-Quercy.

Le paysage s'ouvre.

Je suis désormais dans ce Quercy minéral où les murets de pierres sèches découpent la campagne et où j'imagine aisément des générations d'hommes débarrassant leurs champs des cailloux avant de les utiliser pour construire murs, cabanes et maisons.

Ici, la pierre est partout.

Sous les roues.

Dans les murs.

Dans les villages.

Et puis, soudain, le décor bascule.

Le causse s'ouvre sur la vallée du Lot. Les falaises prennent de la hauteur et le village apparaît, accroché au rocher au-dessus de la rivière.

Bien que je connaisse bien l'endroit, bien que j'ai déjà vu le village, la vision fonctionne toujours. 

En effet, Saint-Cirq-Lapopie ne semble pas vraiment avoir été construit. Il semble avoir poussé sur la falaise. Les maisons aux toits pentus s'empilent les unes au-dessus des autres, dominées par le rocher, tandis que tout en bas, le Lot poursuit tranquillement son chemin.

Arrivée à St-Cirq-Lapopie

Je n'ai pas prévu de m'arrêter ici.

De toute façon, il est 11 h 15.

Bien trop tôt pour déjeuner !

Non, je m'arrête un peu plus loin, sur la route de Cahors, à la sortie du village. Histoire d'en découvrir le côté face après avoir admiré le côté pile en montant.

Je reste là quelques délicieuses minutes, simplement pour imprégner mes yeux de ce superbe paysage sur la vallée du Lot.

Pas besoin de faire grand-chose d'autre.

Juste regarder.

Sortie de St-Cirq-Lapopie côté route de Cahors


La suite longe cette rivière d'ailleurs. C'est une belle découverte. Me voilà bien au cœur du Lot. La vallée devient maintenant mon fil conducteur. La route accompagne la rivière, coincée entre les falaises et l'eau. Je pourrais m'arrêter à chaque virage. C'est vertigineux! 

Vallée du Lot

Je retrouve une route plus large après le superbe pont de Bouzies et l'embarcadère des pénichettes qui circulent sur la rivière. Je prends donc la direction de Cahors. il est bientôt midi, je m'arrêterai au premier restaurant qui me fera de l'œil. 

Pont de Bouzies

La chose se produit à d'Arcambal. Les Aromates et sa terrasse m'accueillent pour le déjeuner. 

Quelques kilomètres plus loin, j'arrive dans Cahors. La ville est indissociable de son pont Valentré. Il faut dire qu'il a de l'allure avec ses trois tours dressées au-dessus du Lot.

Pont Valentré - Cahors

Je quitte Cahors par l'ouest et retrouve une nouvelle fois la vallée du Lot.

Direction Puy-l'Évêque.

La lumière a changé depuis ce matin. Elle descend maintenant davantage sur la campagne, allonge les ombres et donne une autre couleur aux reliefs.

Le matin possède l'excitation du départ.

Le milieu de journée, celle de la découverte.

L'après-midi possède autre chose.

Une sorte de mélancolie.

Comme si la journée était encore pleinement là tout en commençant déjà à m'échapper.

Et, justement, la météo change elle aussi.

Comme pour mieux accompagner cette mélancolie...

Les nuages deviennent plus nombreux. Le ciel s'assombrit peu à peu et le bleu du matin laisse progressivement place au gris.

Quelque chose me dit qu'il ne va pas falloir que je traîne en route.

Je profite encore un peu des petites départementales, de leurs virages serrés et de cette campagne qu'il serait dommage d'abandonner trop vite.

Mais à Montauban, il faut se rendre à l'évidence.

Devant moi, le ciel n'annonce rien de bien sympathique.

Je prends l'autoroute pour rentrer au plus vite et essayer d'éviter les averses qui arrivent.

Direction Toulouse.

Puis Tournefeuille.

La boucle est bouclée.

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