L’été touche à sa fin. Enfin, c’est ce que prétend le calendrier. Parce que côté thermomètre, manifestement, personne n’a prévenu septembre qu’il serait bientôt temps de laisser sa place à l’automne. Le ciel est bleu, le soleil annoncé généreux, et la chaleur devrait devenir franchement sérieuse dans l’après-midi.

Vallée d’Aure depuis la route du col de Val Louron Azet

Vous voyez où je veux en venir ? Je suis à Tournefeuille. La moto est dans le garage. Les Pyrénées sont là-bas. Toutes les conditions sont réunies pour une balade.

Itinéraire suivi : 


Enfin presque. Il faudra simplement partir tôt et, si possible, être rentré avant de cuire dans le blouson.

L'itinéraire du jour se résumé ainsi : Tournefeuille → Rieumes → D3 → Ciadoux → Pinas → Ancizan → Col de Val Louron-Azet → Génos → Loudervielle → Peyragudes → Col de Peyresourde → Bagnères-de-Luchon → Col du Portillon → Espagne → Fos → Col de Menté → A64 → Tournefeuille.

Sur le papier comme sur la carte de l'itinéraire suivi, ci-dessus, c'est une boucle. Sur le papier seulement, car dès qu'on y ajoute quelques cols pyrénéens, une incursion en Espagne et un déjeuner qui se fera sans doute du côté de Luchon, cela devient immédiatement beaucoup plus intéressant.

Je quitte donc Tournefeuille suffisamment tôt pour profiter de ce moment délicieux où les routes sont encore relativement désertes et où l’air possède une fraîcheur dont je sais déjà qu’elle ne durera pas.

La circulation toulousaine disparaît assez rapidement derrière moi. Direction Rieumes. Et à partir de là, plutôt que de choisir les grands axes, je retrouve une route que j'apprécie particulièrement : la D3 en direction de Ciadoux. Ce n’est probablement pas la route qui fera la une des guides touristiques.

Et c’est très bien ainsi.

Elle traverse cette campagne du piémont où la route semble parfois avoir été dessinée uniquement pour le plaisir de celui qui la parcourt. Des virages, quelques bosses, des champs, des villages encore tranquilles et, devant moi, cette longue barre des Pyrénées qui grossit lentement à l’horizon.

À moto, certaines routes n'ont pas besoin d'être spectaculaires. Elles ont juste besoin de vous emmener doucement quelque part. Et celle-ci fait parfaitement le travail. La lumière du matin écrase encore peu les reliefs. L'air est doux et la circulation presque inexistante. Je roule. Simplement. C’est précisément pour cela que j’aime autant prendre la moto.

Après Ciadoux, je continue en direction de Lannemezan puis vers Ancizan, aux portes de cette vallée d’Aure qui constitue à elle seule une formidable cour de récréation pour motard.

Oui, je sais. À mon âge, parler de cour de récréation peut paraître suspect. Mais enfin, placez un motard devant une belle série de virages, ajoutez une montagne, un ciel bleu et un moteur qui ronronne gentiment entre ses jambes... Et observez.

Vous verrez bien.

Les Pyrénées ne sont désormais plus vraiment à l’horizon. Elles occupent le paysage. Le décor change peu à peu. Les longues perspectives du piémont raccourcissent, les reliefs se resserrent, les premiers vrais lacets arrivent.

Voilà.

On y est.

Au loin l’arrivée du col Val Louron Azet

La route s’élève vers le col de Val Louron-Azet. Ici, le plaisir change de nature. Le regard quitte temporairement le ruban de bitume pour s’échapper vers les sommets. Puis revient rapidement vers le virage suivant, ce qui, me concernant, reste préférable si je souhaite poursuivre la rédaction de ce blog.

À mesure que je monte, l’air se rafraîchit légèrement.

Quel bonheur !

Ce matin, en quittant Tournefeuille, je savais que la journée serait chaude. Ici, pendant quelques kilomètres, septembre retrouve un comportement à peu près normal. J'arrive au col. 1 580 mètres. Je coupe le moteur.

Et comme souvent, le silence qui succède immédiatement au flat-twin paraît immense. En contrebas, les vallées s’ouvrent. Les sommets découpent le ciel d'un bleu presque insolent. L’herbe commence doucement à prendre les teintes de fin d’été.

Quelques minutes suffisent. Il faut redescendre. Génos apparaît en contrebas, avec le lac et la vallée du Louron.

Génos et le lac en contrebas 

La descente est, comme d'habitude, magnifique. Je rejoins Génos avant de remonter vers Loudervielle.

Et lorsqu’on vient de grimper un col pour le redescendre aussitôt avant d’en monter un autre, une question parfaitement légitime peut se poser :

Pourquoi ?

Parce qu’on est à moto.

Question suivante ?

Je grimpe maintenant vers Peyragudes. En effet, je viens de voir un panneau annonçant la présence de trois restaurants... Il est midi... Sont-ils ouverts ? En septembre, les stations de ski possèdent une atmosphère particulière. Elles semblent attendre. L'agitation hivernale est encore loin et, sous ce grand soleil, il paraît presque incongru d'imaginer ces pentes couvertes de neige quelques mois plus tard.

Bon!! les restos sont fermés. Pourtant... Il y a foule ici. 

La route poursuit ses arabesques jusqu’au col de Peyresourde. Encore un de ces noms qui, dans les Pyrénées, évoquent immédiatement le cyclisme. À moto, j’avoue honteusement que l’effort nécessaire pour atteindre le sommet est sensiblement moindre. Je tourne la poignée. La moto fait le reste. Chacun son sport.

La contrepartie, c'est que le cycliste dispose certainement de davantage de temps pour admirer le paysage. Quoique, vu la tête de certains dans les derniers kilomètres d'un col, je ne suis pas absolument certain qu'ils soient alors occupés à contempler les montagnes.

Moi, si. Enfin... entre deux virages.

Puis vient la descente vers Bagnères-de-Luchon. La température, elle, remonte. Et mon estomac m’indique très opportunément qu’il serait temps d’envisager la suite du programme... Impérativement. Purée, il y a foule ici aussi. Fort heureusement, tout est ouvert.  

Je gare la moto et abandonne pour quelque temps casque, gants et blouson. Et après une matinée à enchaîner petites routes, vallées et cols, je ne vais certainement pas me contenter d'une barre de céréales avalée sur un trottoir. Il y a des limites au concept d’aventure.

Je m’installe tranquillement. Les jambes apprécient la pause. Le bonhomme également.

La matinée a déjà offert son lot de virages et de beaux paysages, mais la journée est loin d’être terminée. Car après le déjeuner… Je pars à l'étranger.

Oui Monsieur.

Bon. À quelques kilomètres seulement. Mais à l’étranger quand même. Je quitte Luchon et prends la direction du col du Portillon. La montée est totalement différente de celles parcourues le matin. La route se faufile dans la forêt et la fraîcheur des sous-bois devient particulièrement bienvenue.

Parce que le soleil, lui, n’a manifestement plus aucune intention de plaisanter. Il fait chaud. Très chaud même pour un 19 septembre. Le col arrive.

Derrière... España !

Côté face : Le Val d’Aran espagnol - au loin la route mène à Vielha 

Côté Pile : Bossost et plus loin le retour en France 

J'aime ces frontières pyrénéennes. On passe d'un pays à l'autre par une route de montagne et un panneau. Pas de grand bouleversement, évidemment. Les Pyrénées sont toujours là, les arbres aussi, la moto n'a pas changé de cylindrée... Et pourtant le sentiment du voyage apparaît immédiatement.

Un panneau dans une autre langue et me voilà parti loin. Je n'ai jamais prétendu être difficile à satisfaire. Je descends côté espagnol, profitant de cette petite excursion dans le Val d'Aran.

Quelques kilomètres d'Espagne qui donnent à cette balade de la journée un petit parfum de voyage. Mais il faut déjà penser au retour.  Je retrouve la France en direction de Fos.

Changement de vallée, changement d’ambiance. L'après-midi est désormais bien installé et la chaleur également. Cette chaleur commence même à devenir légèrement pesante lorsque je m’arrête. Tant que je roule, tout va bien. La technique consiste donc à... ne pas s'arrêter.

Je roule ainsi dans la vallée avant de reprendre de l’altitude. Car il reste encore un col au programme. Et pas n’importe lequel. Le Menté pour la fin. Le voici, mon dernier véritable morceau de montagne de la journée.

La route recommence à grimper et avec elle revient ce plaisir tellement particulier des routes pyrénéennes : enchaîner les courbes, laisser la moto passer d’un angle à l’autre, regarder la montagne se découvrir progressivement. La forêt apporte encore quelques zones d'ombre. Je ne vais pas m'en plaindre. D'autant plus que l'air ambiant est bien plus frais de ce côté ci de la montagne

Au sommet, petite pause.

Le moteur se tait une nouvelle fois. Je regarde autour de moi. La journée commence doucement à basculer vers sa seconde moitié et, même s'il reste encore pas mal de kilomètres jusqu'à Tournefeuille, je sais que la partie montagnarde touche à sa fin. Il y a toujours un petit quelque chose de mélancolique dans le dernier col d'une balade.

Le matin, chaque route constituait une promesse. À cette heure-ci, chaque kilomètre rapproche de la maison. Je redescends donc vers le piémont. L'altitude diminue. Inversement, la température monte. C'est alors que se pose l’habituelle question existentielle du motard : Petites routes jusqu'à la maison ? Ou efficacité ? Habituellement, le premier choix l'emporte assez facilement. 

Aujourd'hui... Je regarde la température. Puis le ciel parfaitement bleu. Va pour l’efficacité. Mais d'abord, je retourne sur mes terres de pêcheur à la truite en longeant le Ger jusqu'à Aspet, puis je rejoins l’A64 pour les derniers kilomètres vers Toulouse. Cette dernière partie n'est évidemment pas la plus romantique de l'itinéraire.

Lorsque je retrouve Tournefeuille, la boucle est bouclée. La moto rentre au garage. Je coupe le contact.

Silence.

Ce 19 septembre 2026 aura donc ressemblé bien davantage à une superbe journée d'été qu'aux prémices de l’automne. Mais je ne vais certainement pas m'en plaindre.

full-width


Logo Les carnets du Babaz
Merci pour votre lecture. Des questions ? Envie de réagir ?
N'hésitez pas!! Commentez-le via la zone « commentaires » (juste un peu plus bas). Vous pouvez aussi le « partager » via vos réseaux sociaux grâce aux boutons de partage juste à côté.