Il y a des randonnées que l’on prépare longtemps. On regarde la carte, on étudie le dénivelé, on consulte la météo, on compare les traces et, pour peu que l’affaire paraisse sérieuse, on finit presque par établir un plan de marche digne d’une expédition himalayenne.


Et puis, il y a les autres. 
Celle-dont je parle dans ce billet appartient plutôt à la seconde catégorie. C'est plus un bol d'air frais forestier qu'autre chose d'ailleurs... 

Me voilà donc à « Le-Vintrou », petit village tarnais posé sur les contreforts de la Montagne Noire versant Mont de Lacaune. J’y suis déjà passé plusieurs fois à moto, notamment par quelques pistes forestières des environs. Mais aujourd’hui, le flat-twin restera au repos. Pour avancer, je vais devoir utiliser un moyen de locomotion autrement plus ancien, moins bruyant, moins rapide et dont l’autonomie dépend essentiellement de ce que j’ai mangé au petit-déjeuner.
 
Mes jambes.
 
Sur Visorando, la balade s'appelle fort logiquement« À l'Est du Vintrou ». C'est là que j'ai trouvé le GPX et la description en pdf de cette balade. C'est une boucle d'environ 9 kilomètres, annoncée pour un peu plus de trois heures de marche, avec environ 175 mètres de dénivelé positif. Le parcours traverse notamment le Bois du Moussu, contourne la Sagne Redonde et passe par le secteur joliment nommé du Trou du Vent. Rien de particulièrement violent donc. Du moins sur le papier. 
 
La trace de la randonnée :  
 

Et voici son profil altimétrique :  
 

Je laisse, comme prévu, la voiture à l'entrée du village, à proximité de la conduite forcée (une horreur ce truc…) et de la mairie. Le Vintrou, je connais. Enfin... « connaître » est peut-être un grand mot.


Disons que j'y suis déjà passé plusieurs fois. J'aurais dû même visiter une maison lors de la recherche de ma maison de campagne en 2021 (voir sur mon ancien blog, cet article : été 2021 - Home sweet home). Je suis tombé amoureux de cet endroit. Les maisons sont plutôt jolies et la plupart disposent d'une vue imprenable sur le versant de la montagne noire situé au-dessus de Mazamet. Ce qui explique, sans doute, les tarifs un peu élevé pour l'endroit. Peut-être est ce la « Riviera Mazametaine »... 



Le parcours commence par contourner tranquillement le village avant de rejoindre la D53 puis, assez rapidement, de quitter le goudron pour plonger dans les bois. La trace traverse ensuite les secteurs du Mariech et des Galignès avant de s'engager pour plusieurs kilomètres sur une piste forestière.

Et là, changement d'ambiance. La route disparaît. Les maisons aussi. Il ne reste bientôt que la forêt.
 
C'est probablement là que réside tout l'intérêt de cette promenade.


Le parcours s'enfonce dans de belles forêts de sapins et de hêtres, largement ombragées. C'est le deuxième intérêt de cette promenade lorsqu'il fait chaud, comme c'est prévu aujourd'hui, en ce 25 septembre 2026. 

La piste ne présente pas de difficulté particulière. Elle avance tranquillement au milieu des arbres en contournant la Sagne Redonde.

Je marche.

Voilà.

Écrit comme cela, je reconnais que le récit manque un peu de souffle.


Alors disons plutôt que je progresse à travers une forêt profonde, dans laquelle le vent fait bruisser les hautes ramures tandis que mes pas résonnent sur le sol humide des Monts de Lacaune.

Est-ce mieux ? 

Un poil mélodramatique peut-être…

La vérité se situe probablement quelque part entre les deux.

Car il faut bien reconnaître que ces sous-bois ont quelque chose d'apaisant. La lumière se faufile entre les branches. Elle dessine par endroits quelques taches claires sur le chemin, disparaît, revient un peu plus loin. Le silence, lui, n'en est jamais vraiment un. Il y a le vent, les oiseaux, le bruit des pas et tous ces petits craquements dont on préfère généralement attribuer l'origine à un écureuil plutôt qu'à une bestiole plus grosse. Je croise d'ailleurs quelques caméras infra-rouge fixée aux arbres à certaines jonctions. Quelqu'un cherche à savoir qui passe par là, dans les bêtes à quatre pattes. 


Je poursuis.

Ce n'est pas une randonnée à grands panoramas permanents. Son intérêt est ailleurs, comme je l'ai déjà écrit. Il se trouve justement dans cette immersion forestière, dans cette impression de s'éloigner doucement des routes et du monde.

Et pourtant, par quelques trouées dans la végétation, la Montagne Noire se dévoile au loin. C'est l'un des attraits signalés sur la fiche Visorando et que je confirme donc.

Je m'arrête.

Il faut savoir s'arrêter.

À moto, un paysage disparaît parfois avant que l'idée même de faire demi-tour ait traversé le casque. À pied, on peut rester là quelques minutes sans autre justification que celle-ci :

C'est beau.

Et ça suffit.
 
La longue piste forestière poursuit son chemin vers l'est, contourne la Sagne Redonde, remonte vers le nord puis repart progressivement vers l'ouest. Pendant près de cinq kilomètres, la consigne donnée par Visorando est d'ailleurs d'une simplicité rassurante : rester sur la piste principale et ignorer les chemins secondaires.

Ce qui ne m'empêche évidemment pas de regarder régulièrement le GPS.

J'ai confiance.

Mais je vérifie.

Nuance importante.

Le secteur porte des noms qui me plaisent : Bois du Moussu, Sagne Redonde, Trou du Vent...

Avec de tels noms, il suffit finalement de peu de choses pour voyager.

On pourrait presque imaginer quelque légende locale mettant en scène un voyageur perdu, une nuit d'orage et une vieille auberge abandonnée au fond du bois… L'auberge rouge, par exemple !

Mais je m'égare.

Au sens littéraire, pour l'instant.

La balade, elle, continue tranquillement.

Le point culminant de l'itinéraire se situe aux environs de 710 mètres d'altitude, peu avant que la boucle ne commence véritablement à revenir vers Le Vintrou. Ce passage offre une vue magnifique sur Mazamet et la Montagne Noire, de l'autre côté. 



Après la longue partie forestière, je retrouve progressivement le balisage jaune puis traverse la D161. Quelques chemins encore, une dernière descente au milieu des arbres et le village se rapproche.
 
J'arrive finalement au pont qui franchit cet horrible conduite forcée.


La boucle est presque bouclée.

Quelques centaines de mètres plus loin, me voilà revenu au point de départ après environ neuf kilomètres de promenade. Visorando annonce 9 km environ, trois heures de marche et un dénivelé suffisamment raisonnable pour classer cette randonnée parmi les sorties accessibles, même si le site lui attribue officiellement une difficulté « moyenne ».

En face du parking et légèrement en contrebas se trouve également un lavoir couvert, que l'on peut aller voir avant de reprendre la route.

Je retrouve la voiture.

Les chaussures sont un peu plus sales qu'au départ, les jambes ont travaillé juste ce qu'il faut et, surtout, la tête s'est vidée.

Finalement, c'est peut-être cela que je suis venu chercher.

Pas de sommet prestigieux.

Pas de difficulté particulière à raconter héroïquement au retour.

Pas même un lac spectaculaire au bout du chemin.

Juste une forêt, quelques trouées sur la Montagne Noire, des chemins, le silence et trois heures pendant lesquelles la seule question réellement importante consiste à savoir s'il faut prendre la piste de droite ou celle de gauche.

Et parfois, ma foi, c'est largement suffisant.

D'autant qu'après avoir beaucoup sillonné ces routes à moto, parcourir ce territoire à pied permet d'en découvrir une autre échelle.

À moto, je traverse le paysage.

À pied, j'ai davantage l'impression d'en faire partie.

Bon...

Je vous rassure.

Au prochain rayon de soleil, le flat risque quand même de reprendre du service.

Faut pas déconner non plus. 

Avec tout cela et mon rythme effréné, je suis en avance. J'ai mis à peine 2h20 pour faire les 9 km. Il est 11:20. Je décide de prendre mon repas prévu, initialement, pendant la randonnée au lac du Merle, à quelques kilomètres d’ici. 


Diable, l'étang est presque à sec… Il est grand temps que la pluie revienne. 

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